L’agriculture est en
crise, il paraît. La preuve, ce serait qu’environ deux cents
agriculteurs se suicident chaque année en France. Les agriculteurs
sont donc dans la rue. Dans la rue, sur les routes, devant les
centres commerciaux de grandes marques, partout où ils peuvent faire
entendre leur détresse et leurs revendications. La menace, sérieuse,
au demeurant, étant, qu’à ce rythme, il n’y aura bientôt plus
d’agriculteurs en France. Leur revendication, unique et unanime
semble simple : ils veulent « un prix ». Un prix pour le
lait, un prix pour la viande, pour les céréales, pour les légumes,
pour toutes les productions. A première vue, leurs doléances
semblent recevables et, même, frappées au coin du bon sens. Sauf
que... sauf que ... de quoi parle-t-on ? De quoi et, surtout, de qui
? Que nomme-t-on, au juste, par le terme d’agriculteurs ? Vous
aurez remarqué comme moi que les pauvres agriculteurs concernés
sont défendus, en tout point, par un syndicat qui a nom FNSEA.
Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles.
Exploitants ? Pourquoi ce terme d’exploitants ? Pourquoi pas
agriculteurs ou, comme on pourrait l’espérer, paysans ? Ah bah
non. Les paysans, eux, ils ont un autre syndicat : la confédération
paysanne. Un syndicat de gauche, dites donc !... La bande à Bové
!... Et c’est quoi, cette bande ? Un ramassis de margeots, de
chevelus, de rigolos, qui se contentent de production locales,
saisonnières, aux rendements aléatoires, vendues en local, sans
recherche effrénée de rentabilité. Quoi ?... Sans rentabilité ?
Non ?... Mais, enfin !... on ne PEUT pas entreprendre sérieusement
sans espoir de rentabilité !... On est au vingt et unième siècle...
On ne peut pas ? Mais qui ne peut pas ? Les exploitants, c’est ça
?.... Bah voilà !... La FNSEA, qui est censée défendre nos pauvres
paysans, elle, elle s’en fout comme de l’an quarante, des
paysans. Ce qui l’intéresse, elle, c’est la rentabilité. Et
pourquoi ? Tout simplement parce que la FNSEA est une mafia. Une
organisation réactionnaire, euphémisme, qui défend la « Terre »,
non au sens de planète et de couche superficielle, non, au sens où
posséder une « terre » est un capital. J’ai bien écrit
« capital ». Labourez, labourez, ce sont les fonds qui
manquent le plus. Qui dit « capital » dit
capitaliste. Comme vous ne le savez certainement pas, la majorité
des exploitants adhérents à la FNSEA, ceux qui sont les plus
influents, en tous cas, sont des propriétaires qui n’ont jamais
pris le volant d’un tracteur. Des capitalistes de l’agriculture.
Terres immenses, élevages industriels, mécanisation, un œil sur la
météo, un œil sur les cours de la bourse. Le blé monte, je suis
riche, il baisse, je suis ruiné. Et quand je suis ruiné, qui paye
les pertes ? Bah l’État !... Et si l’État est défaillant ?
Bah ! L’Europe ! … En remarquant, au passage, que les
manifestations actuelles sont tournées contre l’État et l’Europe,
justement, ce qui fait de nos « braves agriculteurs »
rien moins que des chiens qui mordent la main qui les nourrit.
Pourquoi ces « agriculteurs » ont-ils l’oreille de nos
gouvernants, dans ces conditions ? Parce qu’ils les tiennent par
les couilles, tout simplement. D’abord, ils sont armés. Eh oui..
Ils sont tous chasseurs... On ne peut pas les chauffer trop.. Ils
tirent, ces cons-là. Deuxio, parce que ces messieurs ont, depuis
toujours, l’oreille des puissants, particulièrement ceux de
droite, eu égard à leurs convictions profondes. Vous aurez entendu,
sans aucun doute, comme moi, les menaces de voter pour le FN aux
dernières élections si le gouvernement de droite, Sarkozy,
continuait de les ignorer. Mais, me direz-vous, il y a les deux cents
suicides par an. C’est vrai. Et deux cents personnes qui
disparaissent, ce n’est pas rien. Ce n’est, en tous cas, pas
négligeable. Mais, en vérité, on est là sur la vraie vérité. Le
fait que ce phénomène ne peut pas s’expliquer sans tenir compte
du capitalisme. En particulier de son aspect financier. Un aspect qui
oblige à se tourner vers la finance. Et là, on trouve qui ? Le
crédit Agricole. Cette banque, placée en deuxième ou première
place mondiale des établissements financiers, est, historiquement,
la banque « verte », celle des « paysans ».
Première mondiale. Première mondiale ?... Non ?... Si !... Mais
!... Bah oui... Mais !... Cette banque, censée recueillir les
« économies » de nos braves paysans, ces braves gens qui
mettent de côté, pour voir venir, en cas de coup dur, bah c’est
la première mondiale !... Quel est ce prodige ?... Je vais vous
aider. Pour devenir la première banque mondiale quand on est censé
être la banque des paysans, ceux qui tiennent leur richesse des
hectares dont ils ont hérité, qui ont agrandi ce capital par des
mariages consanguins, des magouilles, des médisances, des
dénonciations, surtout pendant les guerres, ceux qui se retrouvent à
la tête de millions qui dorment, ils n’ont qu’un rêve : mettre
leur argent en sécurité dans un coffre. Quand on se trouve de
l’autre côté, il suffit donc d’acheter un coffre, d’embaucher
des employés réacs, biberonnés aux maximes évidentes qui ont
bercé leur enfance, tous ces poncifs sur la richesse ou la pauvreté
et, quand on a récolté le pognon, de le placer adroitement sur les
marchés internationaux. Aucun mérite, donc. Sauf que, sauf que …
A l’autre bout de la chaîne, de la bourse, de la rentabilité, il
y a des gens qui y « croient »... Des gens qui ont un
lopin, qui croient, comme le leur ont dit leurs aînés, que posséder
la terre est l’essentiel, qui croient leur banquier, le Crédit
Agricole, quand ils leur raconte qu’en s’endettant, qu’en
achetant la dernière moissonneuse, le dernier Ferguson, qu’en
acceptant le contrat d’élevage de poulets ou de porcs de la
multinationale qui les a démarchés, ils vont gagner le jack-pot....
Et ben non !... Parce qu’à ce jeu-là, c’est toujours les gros
qui gagnent et les petits qui trinquent. On prend leur fric, on le
place et on ne leur rend rien. Le Crédit Agricole gère la fortune
des gros et envoie sans vergogne les petits sur la paille. Le Crédit
Agricole est le vampire qui entretient la crise. Le vampire qui, avec
la complicité de la FNSEA, se nourrit sur les faibles, qu’il
pousse au suicide, en découvrant trop tard que leur exploitation
n’est pas rentable, et qui verse, par ailleurs, les intérêts
qu’il tire de leurs crédits aux « gros » qui, eux,
vont se plaindre auprès de l’État pour payer leurs
investissements rentables en arguant de la faillite des petits. La
crise actuelle, ce n’est pas la crise de l’agriculture. C’est
la faillite d’un système révolu et déliquescent de financement
du capital des propriétaires terriens français. Le dommage c’est
que, au passage, des hommes payent de leur vie ces errances, le
dommage, c’est que la planète paye, elle aussi, le prix fort, à
coups de pesticides et d’engrais nocifs pour l’humanité entière.
Alors cette crise, qui tient soi-disant au cours des productions
agricoles, c’est, en vérité, d’une part, pour les petits, un
problème d’endettement et, pour les gros, la volonté d’augmenter
encore leurs bénéfices. C’est une crise industrielle où les
« gros » poussent les « petits » à la
révolte, quitte à ce qu’ils se suicident, pour gagner encore plus
de pognon.
samedi 27 février 2016
vendredi 26 février 2016
Déficit ? Qué déficit ?.....
Cela fait maintenant
des décennies que, dans mes moments perdus, pas pour tout le monde,
j’espère, je me prends le menton façon Rodin, histoire d’avoir
l’air intelligent et que je me questionne sur une notion, un
« concept », devrais-je dire, si je veux avoir l’heur
d’être audible auprès des élites, une question dont peu de gens,
manifestement, se sont emparés. L’idée de déficit. Il n’a
l’air de rien, ce mot, il semble compréhensible par tous, il est
usité de toutes parts et, pourtant, il me laisse perplexe. Les jours
où, décidément, je n’arrive à rien, les jours où je reprends
tout à zéro, je vois bien le sens commun, des chiffres, des
colonnes et, dans la case de droite, tout en bas, un signe moins en
lieu et place d’un signe plus attendu. Déficit, perte, billets
jetés par la fenêtre, je vois. Ce mois-ci on va encore sucer des
cailloux. Mais, pourtant, rien à faire, cette explication de base ne
passe pas la barrière suivante, ne franchit pas le mur... je ne vois
toujours pas ce que le mot « déficit » vient faire dans
le budget de l’État. Je dois être idiot. Selon une conception
qui, d’évidence, date, il me semblait que l’État, c’était
justement le lieu des déficits. Le lieu des déficits « choisis ».
C’est peut-être un qualificatif essentiel. Aucun doute. Ça l’est.
L’État, c’est cette chose tentaculaire, là-haut, bien au-dessus
de nos têtes, qui nous gouverne tous sans discussion. Sa fonction
primordiale, c’est de redistribuer entre les citoyens l’argent
qu’il reçoit des citoyens, une espèce de loterie, si vous vous
voulez, et qui, pour ce qui le concerne, une différence capitale
d’avec une véritable loterie, son boulot est de redistribuer
« équitablement ». C’est à dire de donner plus à
ceux qui sont dans le besoin, les pauvres, pour faire simple, et de
donner moins aux « riches », ceux qui payent censément
pour les autres. J’ai beau me tenir le menton durant des heures,
façon statue, je ne comprends pas, compte tenu de ce qui précède,
ce que peut bien vouloir signifier le fameux « trou de la
sécu ». On prend de l’argent, on redistribue, on favorise
ceux qui ne peuvent pas payer et on aboutirait à « un trou ».
Serait-ce que, malgré ce que j’en sais, le mot « trou »
serait un synonyme du mot décision ? Que nenni !... Le « trou »,
c’est un déficit !... Comment la « sécu » peut-elle
être « rentable » ? En vertu de quel principe la sécu
devrait-elle être « rentable » ? J’ai une autre
question du même genre, si vous voulez... En vertu de quoi la
retraite devrait-elle être rentable ? Et j’aimerais
comprendre pourquoi on ne parle pas de «déficit » de l’Armée,
de la Gendarmerie ou de la Police Nationales. Si j’ai bien
compris, nous cotisons, l’Etat redistribue et, s’il manque de
l’argent, il remet au pot par décision « politique »
de justice. J’ai rien compris ? Je le savais... A me tenir si
longtemps le menton, j’avais fini par me dire que c’était tout
simplement moi qui déconnais...
Allez, les copains.. Si
on arrêtait les conneries. Le trou de la sécu, le déficit des
retraites, ça n’existe tout bonnement pas et vous le savez
pertinemment. Il n’y a pas plus de trou de la sécu que de beurre
en broche. Il y a un signe moins dans une colonne qui signifie
simplement que nous avons « choisi » d’aider les plus
faibles. On appelle ça la solidarité. Sur les monuments, nos aïeux
ont choisi d’appeler ça « fraternité ».....
lundi 1 février 2016
Hilary, Barrack, même parti mais pas le même genre.....
Une chose m’épate.
Épatant, c’est un mot très 16°... J’ai choisi, aujourd’hui,
de vous la faire 16° (arrondissement). C’est à propos des
élections aux USA, très actuelles, comme vous savez. Le débat
tendrait à démontrer que les USA sont un pays très « clivé ».
D’un côté, les Républicains derrière Trump ou pire, les
Démocrates derrière Hilary, à moins qu’ils ne choisissent, eux
aussi, pire, c’est cce qu’en disent les médias, en la personne
de Sanders. A gauche, c’est soit « on continue comme ça »,
soit « on change tout », à droite, c’est racisme à
tous les étages. Choisissez votre degré. Certains commentaires
voient dans ce virage raciste, ce retour aux années bonheur d’avant
Luther King et Kennedy, les effets de « l’erreur »
d’avoir élu un président … Noir !... Il faut dire que c’était
inattendu. Il était temps de redresser la barre !... Sous nos yeux
effarés, si l’on en croit le monde médiatique, les USA se
préparent donc à élire un populiste dangereux soutenu par toutes
les forces les plus conservatrices du pays, nous promettant un avenir
sombre fait d’exclusion, de force brutale, de haine, de massacres,
un véritable retour aux temps les plus obscurs de ce pays. Ce qui
m’épate, donc, c’est que l’actuel président est noir. Et que,
donc, les USA auront été capables d’élire un homme noir à leur
tête. Ce qui ne sera donc pas forcément le cas pour … une femme.
Ce grand pays raciste, notoirement raciste, dont la police est
raciste, dont la moitié de la population est raciste aura élu un
noir avant d’élire une..... femme. Femme que, d’ailleurs, il
n’élira peut-être pas encore cette fois-ci. Décidément, les
femmes sont bien les personnes les plus discriminées sur cette
planète. Et, ce, dans l’indifférence manifeste de l’opinion des
USA, pas moins, pas plus, que dans la notre.
vendredi 1 janvier 2016
Le retour de l’apprentissage : une nouvelle faillite de la République
Parmi les platitudes
royales de notre grand Benet 1er au cours de son discours de voeux
aux Français, une très mauvaise nouvelle se dissimule, en sus de
l’odieuse justification de l’état d’urgence et de la
dénaturalisation à la carte, je veux parler du retour massif de
l’apprentissage. Cette nouvelle, qui fait manifestement consensus
dans notre pays, n’est, hélas, pas autre chose que l’annonce
d’une nouvelle victoire écrasante du patronat français. Ce
retour, c’est aussi celui de la fin de l’école pour tous jusqu’à
seize ans, mesure que les progressistes avaient eu toutes les peines
du monde à imposer en 1959. La généralisation de l’apprentissage,
c’est une régression qui nous ramène rien moins que 56 ans en
arrière. Pour un nombre non négligeable de jeune gens, l’école
se terminera bientôt à quatorze voire treize ans. Où est le
problème, me direz-vous ? Le principal n’est-il pas que chacun
trouve un emploi ? Tout dépend de quel côté on se place. Pour tous
les jeunes qui sont aujourd’hui promis, après une scolarité
souvent chaotique, à un avenir sombre entre chômage et galère, la
promesse d’une « employabilité » ( ce mot me crispe
les nerfs..) meilleure peut sembler un avantage. Sembler seulement.
Car, en réalité, il ne s’agit que de livrer au patronat une main
d’œuvre « corvéable à merci » comme on le disait
autrefois. Pourquoi corvéable ? Tout simplement parce qu’un peuple
instruit est beaucoup plus « rétif » qu’un peuple sans
culture. Quel était, en effet, le propos de la prolongation de la
scolarité jusqu’à seize ans ? Il s’agissait tout simplement
d’assurer à chaque jeune un niveau de culture générale minimal,
nécessaire à l’exercice de sa citoyenneté. En maintenant le plus
longtemps possible, justement, un enseignement général. Cette
obligation, le patronat qui sait bien, comme Goebbels, que le
« propos n’est pas de convaincre le peuple que nos idées
sont les meilleures mais de ne mettre à la leur disposition qu’un
vocabulaire juste suffisant pour qu’ils ne puissent en exprimer
d’autres ».... , le patronat, lui, ne l’a jamais acceptée.
Plus les ouvriers sont idiots, plus il est facile de les exploiter.
Presque soixante ans plus tard, donc, sa victoire est écrasante.
Demain, la masse inculte qu’ils appellent de leurs vœux depuis
plus d’un demi-siècle sera de nouveau à leur disposition. Et,
cela, cette atroce nouvelle, nous la devrons donc à un gouvernement
« socialiste » dirigé par un « toréro » qui
a quelques traits physiques communs avec l’idéologue nazi,
d’ailleurs, et sous le règne d’un roi « socialiste »,
notre cher Benet 1er. Les socialistes français ne méritent plus
notre respect. Leur honneur est dans le caniveau.
mardi 15 décembre 2015
Servitude volontaire ... encore !...
Et vous, vous en pensez
quoi, de ces élections ?... Vous avez remarqué, tout le monde est
bouleversé et tout va changer.. à partir de … En attendant, on
vous demande votre avis. Partout, en toute occasion, la question
c’est : et vous, vous en pensez quoi ? Et ceux à qui on ne demande
rien donnent également leur avis. Comme si notre avis devenait
important. Je vais donc vous donner le mien, comme un ordinaire. Ce
que je sais, par expérience, c’est que si l’on vous demande
votre avis, ce n’est en aucun cas pour le recueillir et s’en
servir pour modifier quoi que ce soit. Ce qu’on vous demande, en ce
moment, en arrière-plan, c’est d’exprimer votre degré de
persuasion, à quel point vous pensez qu’une réforme s’avère
nécessaire et, donc, par là, le niveau de votre désir d’une
nouvelle servitude volontaire. Savoir simplement si vous êtes prêts
à encaisser de nouvelles réformes au nom du « changement »,
ce qu’on vous demande, c’est votre consentement. Et, donc, je
peux vous dire ce qui va advenir. Comme, manifestement, nous en avons
par-dessus la tête de l’état de notre société, ces messieurs
vont vous concocter un train de mesures qui aboutiront, assez
rapidement, à de nouvelles brimades sociales. Recul de l’état,
privatisations, moins de sécurité sociale, moins de retraite, moins
de services publics, moins de services sociaux, moins de santé, et,
tout ça, ils vous le vendront au nom de la demande exprimée.... En
gros, préparez-vous à vous faire baiser encore une fois. Et, le
mieux, c’est qu’on vous fera croire que c’est vous qui avez
demandé les réformes.... Il suffira à ces messieurs de vous
rappeler votre mauvaise humeur depuis le 13/12.....
samedi 12 décembre 2015
Parano ou schizo ?....
Nous sommes un certain nombre à
n’avoir pas oublié la formule quasi définitive et néanmoins
soixante-huitarde qui définit le mieux le choix politique offert par
les « élites » au « peuple » : la dictature,
c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours. La
formule est récente. Le fond du problème est antique. Citons, pour
exemple, les écrits fameux de Machiavel. Mais l’histoire la
philosophie regorge de discours, certains datant même d’avant
l’ère chrétienne, sur la capacité du « peuple » à
comprendre les enjeux, évidemment édictés par les dominants, du
débat politique. Le concept, s’il est invariant au cours des
siècles, n’en a pas moins évolué dans ses formulations. Pour me
concentrer sur mon époque, parce qu’il n’est pas question, ici,
de rédiger un essai à caractère exhaustif, je dirais qu’à l’ère
industrielle correspond un moyen industriel de domination des
consciences. Ce que je daterais, à peu près, de la naissance de la
théorie capitaliste, disons, pour simplifier, avec Locke ou Smith.
Mais ces noms ne suffisent pas à expliquer l’état actuel du
débat. Il faut, pour comprendre intégrer aux concepts définis
comme étant à l’origine du libéralisme économique, que nous
sommes aujourd’hui, manifestement impuissants à dénoncer, les
ajouts qu’y ont apportés tous les tenants plus ou moins conscients
des théories psychanalytiques. Freud, évidemment, dont la
dénonciation actuelle par des intellectuels rétifs et sensibles à
la liberté de penser passe encore pour du dépit, simplement pour la
raison que Freud ne peut pas être formellement identifié comme
responsable de ce qu’il a engendré, du moins ne peut-on déterminer
son degré d’engagement. Est-ce ou non, là, le résultat de ce
qu’il concevait froidement ou bien un accident imprévu de ses
pensées ?... Pour ses disciples libéraux, par contre, aucun doute
n’est possible. Le but de Mr Barneys, neveu de Freud, par exemple,
est clairement la manipulation des masses à but capitaliste, ce
qu’il prouve par son implication dans l’univers de la publicité.
Mais ce discours, qui semble viser uniquement Freud, pourrait tout
aussi bien s’appliquer à Marx ou Nietzsche. Les interprétations
de ces deux penseurs laissent également circonspect. Voulaient-ils
vraiment ce que leurs interprètes ont déduit de leurs œuvres ou
bien sont-ils totalement innocents ? Entendre, par exemple, Mr Minc
dire, goguenard, qu’il est le dernier penseur marxiste de France ou
la sœur de Nietzsche confirmer que son œuvre est authentiquement
nazi ne peut que nous laisser sans voix. La manipulation des masses,
si elle date de la naissance de l’humanité, a donc évolué au
cours des siècles. Aujourd’hui, il me semble qu’elle a pris un
tour quasi purement psychologique. Il me semble que, de nos jours, on
ne laisse au peuple que le choix entre paranoïa et schizophrénie.
Et ce fait me rappelle l’utilisation intensive de la normalité
psychiatrique qu’ont pu faire toutes les sociétés et en tous
temps, contre des artistes comme Van Gogh, par exemple, mais dont le
champion reconnu restera l’Union Soviétique. Il me semble que
l’époque actuelle démontre radicalement que nous ne valons guère
mieux. Pour la paranoïa, il me semble inutile d’insister, en cette
veille de second tour des élections régionales. Pour la
schizophrénie, je pense à tous ces citoyens dont on exige qu’ils
aient une attitude « écologique » irréprochable
cependant qu’on les contraint à acheter pour Noël un tas de
merdouilles « made in China » ou à prendre leur voiture
pour aller chercher le pain..... Le choix du « peuple »
est donc devenu simple et clair : tu t’aimes mieux parano ou schizo
? … La seule vraie différence, pour les dominants, c’est la
marque du cachet à prendre chaque matin. Le choix vous appartient,
évidemment, le principal étant que vous vous sentiez coupables de
quelque chose. Restent tout un tas de gens, plus ou moins cultivés,
qui, ayant quelque lucidité sur la condition humaine, ne souffrent
pas outre mesure d’être à la fois paranos « et »
schizo. Ce qui fait une très importante différence avec la masse,
les paranos ne se sachant pas, en général, tels, pas plus que les
schizo. Pour le pouvoir, le principal est que vous choisissiez entre
l’un et l’autre afin de pouvoir vous opposer.... Les élections
de demain sont, à ce titre, parfaitement démonstratives. Sur les
affiches électorales, on voit très clairement l’opposition
exclusive entre le camp des « paranos » qui vont voter à
droite et le clan de schizo qui vont voter à gauche. Dans ce
contexte, il est facile de voir en ceux, assez peu nombreux, qui ne
veulent à aucun prix faire partie de l’un ou de l’autre camp
sont dérangeants. Je parlerais à ce titre de personnes qui auraient
le « même genre de beauté que moi ». Leur beauté est
bien plus grave qu’on pourrait le croire : ils sont menaçants.
Dans ce cas, le pouvoir possède une arme qu’il nomme « État
d’Urgence »... Sous cette gouvernance, le pouvoir jouit d’un
ensemble d’arguments propres à faire des récalcitrants un membre
de l’un ou l’autre des groupes. On tape un peu sur le crâne des
« gauchistes » dans l’espoir d’en faire enfin des
« paranos », on montre à longueur d’antenne des images
qui incitent les gens de bonne volonté à peser le pour et le contre
de l’autorité abusive afin d’en faire des schizo.... Et vous,
vous avez choisi quel camp ?.... Et vous, vous comprenez quand que
choisir c’est se condamner ?....
mercredi 9 décembre 2015
Je suis comme une truie qui doute
Exhumer l’excellent
livre de Claude Duneton ( Points – Seuil – 1979) à propos des
élections régionales peut sembler inapproprié. La truie qui doute
de Duneton est celle qui hésite à nourrir ou non ses petits alors
qu’elle sait quel avenir désastreux, fait de torture et de
souffrance, leur est promis. Allégoriquement, il y décrit ses
hésitations de professeur à continuer d’enseigner à une jeunesse
défavorisée dont il sait qu’elle ne profitera jamais de ses
enseignements parce que son avenir est dramatiquement prédéterminé.
J suis comme une truie qui doute, aujourd’hui, et pour ce qui me
concerne, sur l’avenir du PS. Et particulièrement sur une question
: celle du retrait ou non de ses candidats dans les régions exposées
au danger du FN. Mon problème n’est pas que le PS ait ou non des
élus. C’est ce qui ferait plutôt pencher la balance vers la
partie euthanasie de mon doute. Le PS ne mérite plus, selon moi,
d’avoir des élus. Le problème du retrait, c’est le FN. Les
états majors parisiens ont décidé qu’on devait, par devoir,
privilégier les candidats dits « républicains »,
candidats qui, d’ailleurs, ne le sont pas tant. Je ne dirais pas
des ténors de LR qu’ils ne méritent pas d’être élus. Eux, au
moins, sont fidèles aux idéaux de droite. La question du retrait
est donc de savoir s’il faut ou non tolérer l’hypothèse d’élus
FN et, pire, d’une majorité dans quelques régions. Ce qui est
troublant, c’est qu’à peu près tous les gens qui se prononcent
sur le sujet, à « gauche », habitent dans des régions
qui ne sont pas exposées au risque FN. Ils ne le font donc qu’au
nom d’un idéal, idéal que, par ailleurs, ils trahissent
allègrement chaque jour. C’est une position dite « morale ».
D’un autre côté, au nom des mêmes principes, beaucoup renâclent
quant au retrait. Jean-Luc (Mélenchon), par exemple, qui ne risque pas beaucoup plus que ses camarades. Ne parlons pas de Pierre (Laurent) qui, au passage, va se
retrouver au conseil régional IDF.... Or, ici, j’ai envie de faire
une prédiction. Je vous fous mon billet que, s’il advient que le
FN soit élu à la tête d’une région, il y aura, dans cette
région, des « ratonnades ». Dans le Sud, par exemple, il
y aura des descentes de milices dans les quartiers dits « chauds »
et on poussera « les arabes » à la mer. Dans le Nord,
j’entrevois la possibilité d’un « nettoyage »
sauvage de la jungle de Calais. Bien entendu, les dirigeants du FN ne
donneront jamais la consigne de ces exactions. Je suis même certain
qu’ils les condamneront avec fermeté et excluront les brebis
galeuses. Non, ce qui va se passer, c’est que quelques gros cons
plus ou moins avinés en prendront l’initiative et, ce, parce
qu’ils se sentiront encouragés, voire légitimés, par le fait que
leur région est dirigée par leur parti, parti devenu alors
totalement légitime lui-même. Et là, force est de constater que
nos socialistes endimanchés, quant à eux, ne risquent pas de se
faire violenter par ces nervis. Tran-qui-lles. Un comportement
ouvertement bourgeois. Avec tout le mépris pour le peuple que
recouvre ce terme. envisager la possibilité de l’élection d’un
conseil régional FN est tout bonnement une horreur en soi. Que
Jean-Luc plaide pour le maintien de Masseret est une horreur. Cela
signifie que l’idée de la présidence des Le Pen au Nord ou au Sud
est acceptable. Qu’il suffira de courber l’échine pendant six
ans et de remettre le débat à plus tard. Entre temps, chacun pour
soi. Je ne voudrais pas être un français issu de l’immigration
pendant cette période. Je ne vous parle pas des étrangers vivant
dans ce pays, légaux ou non. Il peut donc sembler que le débat est
clos. Retrait systématique du troisième, vote en masse pour le seul
représentant digne des idées républicaines. Sauf que.... Sauf que,
le PS étant ce qu’il est, un parti détestable, il prfite de
l’occasion pour instrumentaliser. Il n’est pas le seul. Ce n’est
pas une excuse. « Surfant » sur la vague, il nous incite
à voter partout comme un seul homme, dans la joie et l’allégresse
que donne le sentiment d’avoir « résisté ». Et c’est
là que, tout à coup, je deviens une truie qui doute. Parce que
j’habite dans l’Ouest. Une région qui n’est pas exposée au
danger. En PDL ou, pire, en Bretagne, le débat se concentre non sur
le FN mais sur l’aéroport de NDDL.... Et là, tout à coup, je
suis touché par le doute. Lesquels de mes petits dois-je choisir ?
Ceux qui vont s’en tirer, qui ont avenir, tous ces enfants de
bourgeois qui feront des études, dont l’avenir est assuré, qui,
demain, seront tout simplement là, ce qui sera en soi une victoire,
ou bien les enfants basanés qui, partout ailleurs, en France, voire
chez nous, seront en danger ? Vous avouerez que, pour le coup, me
voilà vraiment ravalé au rang d’une femelle porcine intelligente.
Sauf que, une fois encore, parce qu’il faut se décider avant
dimanche soir, deuxième tour, une sorte d’urgence se fait jour. Et
cette urgence, moi, j’en attribue la responsabilité, sans
hésitation, au PS.... Ce qui me renforce dans l’idée terrible de
l’euthanasie du PS...... Sauf que... Sauf que, encore une fois, le
PS réussit ce prodige de survivre au débat.... J’ai beau avoir lu
Nietzsche et, surtout, son avis, son réquisitoire, sur les
« socialistes », non, vraiment.... C’est absolument
indigne. L’urgence, sur un problème qui nécessitera plusieurs
mois, voire plusieurs années avant que nous soyons capables de
l’analyser, vraiment, c’est indigne... Je vais donc assumer mes
convictions et, dimanche, je ne voterai pas pour le PS et ses récents
alliés. Sauf que.... je sais que je ne peux me permettre de le
faire que parce que, comme beaucoup d’autres, au final, je sais que
je ne risque rien. La chute lente de la démocratie, qui n’a rien à
voir avec la République, comme vous savez si vous avez lu, elle va
passer par moi, simplement parce que, moi aussi, je profite de mon
confort intellectuel..... Une peste qui finira par nous avoir tous.
La seule porte de sortie qui nous reste, c’est de s’interroger
sur ses propres motivations..Et d’accepter une fois pour toutes
qu’aucun de nous ne vaut bien plus cher que ceux qu’il
condamne.... Ma truie domestique, qui est couchée à mes pieds, en
rit à groin ouvert.. Hui! Hui! Hui! ….
Je pourrais, en annexe,
vous entretenir de mes doutes sur la manière de qualifier les
électeurs du FN. L’un des arguments principaux de cette « ligue »
est d’appeler au respect de ses suiveurs, sous prétexte qu’ils
seraient des humains aussi respectables que tout autre. Mes origines
populaires, totalement populaires, origines partagées par zéro
personne aujourd’hui en responsabilité, mes origines dont j’ai
gardé un goût indépassable pour le mot grossier, m’incitent à
traiter assez facilement de « con » toute personne
stupide. Mes origines ne me laissent aucun choix : ne mérite le
respect que toute personne qui s’en montre digne et, par
conséquent, je n’ai aucun problème à qualifier de « gros
con » toute personne qui place ses espoirs dans le FN... Une
histoire non encore classée, soixante dis ans après, sur la
responsabilité du peuple allemand dans l’avènement d’un certain
Adolphe (point Godwin...) ou du peuple espagnol sur l’avènement de
Franco. Mais, comme vous le savez, bien que ce soit là un point de
vue totalement bourgeois, à mon sens, ce qui est excessif est
insignifiant. Ma truie vient encore de couiner......
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