samedi 27 février 2016

Crise agricole


L’agriculture est en crise, il paraît. La preuve, ce serait qu’environ deux cents agriculteurs se suicident chaque année en France. Les agriculteurs sont donc dans la rue. Dans la rue, sur les routes, devant les centres commerciaux de grandes marques, partout où ils peuvent faire entendre leur détresse et leurs revendications. La menace, sérieuse, au demeurant, étant, qu’à ce rythme, il n’y aura bientôt plus d’agriculteurs en France. Leur revendication, unique et unanime semble simple : ils veulent « un prix ». Un prix pour le lait, un prix pour la viande, pour les céréales, pour les légumes, pour toutes les productions. A première vue, leurs doléances semblent recevables et, même, frappées au coin du bon sens. Sauf que... sauf que ... de quoi parle-t-on ? De quoi et, surtout, de qui ? Que nomme-t-on, au juste, par le terme d’agriculteurs ? Vous aurez remarqué comme moi que les pauvres agriculteurs concernés sont défendus, en tout point, par un syndicat qui a nom FNSEA. Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. Exploitants ? Pourquoi ce terme d’exploitants ? Pourquoi pas agriculteurs ou, comme on pourrait l’espérer, paysans ? Ah bah non. Les paysans, eux, ils ont un autre syndicat : la confédération paysanne. Un syndicat de gauche, dites donc !... La bande à Bové !... Et c’est quoi, cette bande ? Un ramassis de margeots, de chevelus, de rigolos, qui se contentent de production locales, saisonnières, aux rendements aléatoires, vendues en local, sans recherche effrénée de rentabilité. Quoi ?... Sans rentabilité ? Non ?... Mais, enfin !... on ne PEUT pas entreprendre sérieusement sans espoir de rentabilité !... On est au vingt et unième siècle... On ne peut pas ? Mais qui ne peut pas ? Les exploitants, c’est ça ?.... Bah voilà !... La FNSEA, qui est censée défendre nos pauvres paysans, elle, elle s’en fout comme de l’an quarante, des paysans. Ce qui l’intéresse, elle, c’est la rentabilité. Et pourquoi ? Tout simplement parce que la FNSEA est une mafia. Une organisation réactionnaire, euphémisme, qui défend la « Terre », non au sens de planète et de couche superficielle, non, au sens où posséder une « terre » est un capital. J’ai bien écrit « capital ». Labourez, labourez, ce sont les fonds qui manquent le plus. Qui dit « capital » dit capitaliste. Comme vous ne le savez certainement pas, la majorité des exploitants adhérents à la FNSEA, ceux qui sont les plus influents, en tous cas, sont des propriétaires qui n’ont jamais pris le volant d’un tracteur. Des capitalistes de l’agriculture. Terres immenses, élevages industriels, mécanisation, un œil sur la météo, un œil sur les cours de la bourse. Le blé monte, je suis riche, il baisse, je suis ruiné. Et quand je suis ruiné, qui paye les pertes ? Bah l’État !... Et si l’État est défaillant ? Bah ! L’Europe ! … En remarquant, au passage, que les manifestations actuelles sont tournées contre l’État et l’Europe, justement, ce qui fait de nos « braves agriculteurs » rien moins que des chiens qui mordent la main qui les nourrit. Pourquoi ces « agriculteurs » ont-ils l’oreille de nos gouvernants, dans ces conditions ? Parce qu’ils les tiennent par les couilles, tout simplement. D’abord, ils sont armés. Eh oui.. Ils sont tous chasseurs... On ne peut pas les chauffer trop.. Ils tirent, ces cons-là. Deuxio, parce que ces messieurs ont, depuis toujours, l’oreille des puissants, particulièrement ceux de droite, eu égard à leurs convictions profondes. Vous aurez entendu, sans aucun doute, comme moi, les menaces de voter pour le FN aux dernières élections si le gouvernement de droite, Sarkozy, continuait de les ignorer. Mais, me direz-vous, il y a les deux cents suicides par an. C’est vrai. Et deux cents personnes qui disparaissent, ce n’est pas rien. Ce n’est, en tous cas, pas négligeable. Mais, en vérité, on est là sur la vraie vérité. Le fait que ce phénomène ne peut pas s’expliquer sans tenir compte du capitalisme. En particulier de son aspect financier. Un aspect qui oblige à se tourner vers la finance. Et là, on trouve qui ? Le crédit Agricole. Cette banque, placée en deuxième ou première place mondiale des établissements financiers, est, historiquement, la banque « verte », celle des « paysans ». Première mondiale. Première mondiale ?... Non ?... Si !... Mais !... Bah oui... Mais !... Cette banque, censée recueillir les « économies » de nos braves paysans, ces braves gens qui mettent de côté, pour voir venir, en cas de coup dur, bah c’est la première mondiale !... Quel est ce prodige ?... Je vais vous aider. Pour devenir la première banque mondiale quand on est censé être la banque des paysans, ceux qui tiennent leur richesse des hectares dont ils ont hérité, qui ont agrandi ce capital par des mariages consanguins, des magouilles, des médisances, des dénonciations, surtout pendant les guerres, ceux qui se retrouvent à la tête de millions qui dorment, ils n’ont qu’un rêve : mettre leur argent en sécurité dans un coffre. Quand on se trouve de l’autre côté, il suffit donc d’acheter un coffre, d’embaucher des employés réacs, biberonnés aux maximes évidentes qui ont bercé leur enfance, tous ces poncifs sur la richesse ou la pauvreté et, quand on a récolté le pognon, de le placer adroitement sur les marchés internationaux. Aucun mérite, donc. Sauf que, sauf que … A l’autre bout de la chaîne, de la bourse, de la rentabilité, il y a des gens qui y « croient »... Des gens qui ont un lopin, qui croient, comme le leur ont dit leurs aînés, que posséder la terre est l’essentiel, qui croient leur banquier, le Crédit Agricole, quand ils leur raconte qu’en s’endettant, qu’en achetant la dernière moissonneuse, le dernier Ferguson, qu’en acceptant le contrat d’élevage de poulets ou de porcs de la multinationale qui les a démarchés, ils vont gagner le jack-pot.... Et ben non !... Parce qu’à ce jeu-là, c’est toujours les gros qui gagnent et les petits qui trinquent. On prend leur fric, on le place et on ne leur rend rien. Le Crédit Agricole gère la fortune des gros et envoie sans vergogne les petits sur la paille. Le Crédit Agricole est le vampire qui entretient la crise. Le vampire qui, avec la complicité de la FNSEA, se nourrit sur les faibles, qu’il pousse au suicide, en découvrant trop tard que leur exploitation n’est pas rentable, et qui verse, par ailleurs, les intérêts qu’il tire de leurs crédits aux « gros » qui, eux, vont se plaindre auprès de l’État pour payer leurs investissements rentables en arguant de la faillite des petits. La crise actuelle, ce n’est pas la crise de l’agriculture. C’est la faillite d’un système révolu et déliquescent de financement du capital des propriétaires terriens français. Le dommage c’est que, au passage, des hommes payent de leur vie ces errances, le dommage, c’est que la planète paye, elle aussi, le prix fort, à coups de pesticides et d’engrais nocifs pour l’humanité entière. Alors cette crise, qui tient soi-disant au cours des productions agricoles, c’est, en vérité, d’une part, pour les petits, un problème d’endettement et, pour les gros, la volonté d’augmenter encore leurs bénéfices. C’est une crise industrielle où les « gros » poussent les « petits » à la révolte, quitte à ce qu’ils se suicident, pour gagner encore plus de pognon.

vendredi 26 février 2016

Déficit ? Qué déficit ?.....


Cela fait maintenant des décennies que, dans mes moments perdus, pas pour tout le monde, j’espère, je me prends le menton façon Rodin, histoire d’avoir l’air intelligent et que je me questionne sur une notion, un « concept », devrais-je dire, si je veux avoir l’heur d’être audible auprès des élites, une question dont peu de gens, manifestement, se sont emparés. L’idée de déficit. Il n’a l’air de rien, ce mot, il semble compréhensible par tous, il est usité de toutes parts et, pourtant, il me laisse perplexe. Les jours où, décidément, je n’arrive à rien, les jours où je reprends tout à zéro, je vois bien le sens commun, des chiffres, des colonnes et, dans la case de droite, tout en bas, un signe moins en lieu et place d’un signe plus attendu. Déficit, perte, billets jetés par la fenêtre, je vois. Ce mois-ci on va encore sucer des cailloux. Mais, pourtant, rien à faire, cette explication de base ne passe pas la barrière suivante, ne franchit pas le mur... je ne vois toujours pas ce que le mot « déficit » vient faire dans le budget de l’État. Je dois être idiot. Selon une conception qui, d’évidence, date, il me semblait que l’État, c’était justement le lieu des déficits. Le lieu des déficits « choisis ». C’est peut-être un qualificatif essentiel. Aucun doute. Ça l’est. L’État, c’est cette chose tentaculaire, là-haut, bien au-dessus de nos têtes, qui nous gouverne tous sans discussion. Sa fonction primordiale, c’est de redistribuer entre les citoyens l’argent qu’il reçoit des citoyens, une espèce de loterie, si vous vous voulez, et qui, pour ce qui le concerne, une différence capitale d’avec une véritable loterie, son boulot est de redistribuer « équitablement ». C’est à dire de donner plus à ceux qui sont dans le besoin, les pauvres, pour faire simple, et de donner moins aux « riches », ceux qui payent censément pour les autres. J’ai beau me tenir le menton durant des heures, façon statue, je ne comprends pas, compte tenu de ce qui précède, ce que peut bien vouloir signifier le fameux « trou de la sécu ». On prend de l’argent, on redistribue, on favorise ceux qui ne peuvent pas payer et on aboutirait à « un trou ». Serait-ce que, malgré ce que j’en sais, le mot « trou » serait un synonyme du mot décision ? Que nenni !... Le « trou », c’est un déficit !... Comment la « sécu » peut-elle être « rentable » ? En vertu de quel principe la sécu devrait-elle être « rentable » ? J’ai une autre question du même genre, si vous voulez... En vertu de quoi la retraite devrait-elle être rentable ? Et j’aimerais comprendre pourquoi on ne parle pas de «déficit » de l’Armée, de la Gendarmerie ou de la Police Nationales. Si j’ai bien compris, nous cotisons, l’Etat redistribue et, s’il manque de l’argent, il remet au pot par décision « politique »  de justice. J’ai rien compris ? Je le savais... A me tenir si longtemps le menton, j’avais fini par me dire que c’était tout simplement moi qui déconnais...

Allez, les copains.. Si on arrêtait les conneries. Le trou de la sécu, le déficit des retraites, ça n’existe tout bonnement pas et vous le savez pertinemment. Il n’y a pas plus de trou de la sécu que de beurre en broche. Il y a un signe moins dans une colonne qui signifie simplement que nous avons « choisi » d’aider les plus faibles. On appelle ça la solidarité. Sur les monuments, nos aïeux ont choisi d’appeler ça « fraternité ».....

lundi 1 février 2016

Hilary, Barrack, même parti mais pas le même genre.....


Une chose m’épate. Épatant, c’est un mot très 16°... J’ai choisi, aujourd’hui, de vous la faire 16° (arrondissement). C’est à propos des élections aux USA, très actuelles, comme vous savez. Le débat tendrait à démontrer que les USA sont un pays très « clivé ». D’un côté, les Républicains derrière Trump ou pire, les Démocrates derrière Hilary, à moins qu’ils ne choisissent, eux aussi, pire, c’est cce qu’en disent les médias, en la personne de Sanders. A gauche, c’est soit « on continue comme ça », soit « on change tout », à droite, c’est racisme à tous les étages. Choisissez votre degré. Certains commentaires voient dans ce virage raciste, ce retour aux années bonheur d’avant Luther King et Kennedy, les effets de « l’erreur » d’avoir élu un président … Noir !... Il faut dire que c’était inattendu. Il était temps de redresser la barre !... Sous nos yeux effarés, si l’on en croit le monde médiatique, les USA se préparent donc à élire un populiste dangereux soutenu par toutes les forces les plus conservatrices du pays, nous promettant un avenir sombre fait d’exclusion, de force brutale, de haine, de massacres, un véritable retour aux temps les plus obscurs de ce pays. Ce qui m’épate, donc, c’est que l’actuel président est noir. Et que, donc, les USA auront été capables d’élire un homme noir à leur tête. Ce qui ne sera donc pas forcément le cas pour … une femme. Ce grand pays raciste, notoirement raciste, dont la police est raciste, dont la moitié de la population est raciste aura élu un noir avant d’élire une..... femme. Femme que, d’ailleurs, il n’élira peut-être pas encore cette fois-ci. Décidément, les femmes sont bien les personnes les plus discriminées sur cette planète. Et, ce, dans l’indifférence manifeste de l’opinion des USA, pas moins, pas plus, que dans la notre.

vendredi 1 janvier 2016

Le retour de l’apprentissage : une nouvelle faillite de la République


Parmi les platitudes royales de notre grand Benet 1er au cours de son discours de voeux aux Français, une très mauvaise nouvelle se dissimule, en sus de l’odieuse justification de l’état d’urgence et de la dénaturalisation à la carte, je veux parler du retour massif de l’apprentissage. Cette nouvelle, qui fait manifestement consensus dans notre pays, n’est, hélas, pas autre chose que l’annonce d’une nouvelle victoire écrasante du patronat français. Ce retour, c’est aussi celui de la fin de l’école pour tous jusqu’à seize ans, mesure que les progressistes avaient eu toutes les peines du monde à imposer en 1959. La généralisation de l’apprentissage, c’est une régression qui nous ramène rien moins que 56 ans en arrière. Pour un nombre non négligeable de jeune gens, l’école se terminera bientôt à quatorze voire treize ans. Où est le problème, me direz-vous ? Le principal n’est-il pas que chacun trouve un emploi ? Tout dépend de quel côté on se place. Pour tous les jeunes qui sont aujourd’hui promis, après une scolarité souvent chaotique, à un avenir sombre entre chômage et galère, la promesse d’une « employabilité » ( ce mot me crispe les nerfs..) meilleure peut sembler un avantage. Sembler seulement. Car, en réalité, il ne s’agit que de livrer au patronat une main d’œuvre « corvéable à merci » comme on le disait autrefois. Pourquoi corvéable ? Tout simplement parce qu’un peuple instruit est beaucoup plus « rétif » qu’un peuple sans culture. Quel était, en effet, le propos de la prolongation de la scolarité jusqu’à seize ans ? Il s’agissait tout simplement d’assurer à chaque jeune un niveau de culture générale minimal, nécessaire à l’exercice de sa citoyenneté. En maintenant le plus longtemps possible, justement, un enseignement général. Cette obligation, le patronat qui sait bien, comme Goebbels, que le « propos n’est pas de convaincre le peuple que nos idées sont les meilleures mais de ne mettre à la leur disposition qu’un vocabulaire juste suffisant pour qu’ils ne puissent en exprimer d’autres ».... , le patronat, lui, ne l’a jamais acceptée. Plus les ouvriers sont idiots, plus il est facile de les exploiter. Presque soixante ans plus tard, donc, sa victoire est écrasante. Demain, la masse inculte qu’ils appellent de leurs vœux depuis plus d’un demi-siècle sera de nouveau à leur disposition. Et, cela, cette atroce nouvelle, nous la devrons donc à un gouvernement « socialiste » dirigé par un « toréro » qui a quelques traits physiques communs avec l’idéologue nazi, d’ailleurs, et sous le règne d’un roi « socialiste », notre cher Benet 1er. Les socialistes français ne méritent plus notre respect. Leur honneur est dans le caniveau.

mardi 15 décembre 2015

Servitude volontaire ... encore !...


Et vous, vous en pensez quoi, de ces élections ?... Vous avez remarqué, tout le monde est bouleversé et tout va changer.. à partir de … En attendant, on vous demande votre avis. Partout, en toute occasion, la question c’est : et vous, vous en pensez quoi ? Et ceux à qui on ne demande rien donnent également leur avis. Comme si notre avis devenait important. Je vais donc vous donner le mien, comme un ordinaire. Ce que je sais, par expérience, c’est que si l’on vous demande votre avis, ce n’est en aucun cas pour le recueillir et s’en servir pour modifier quoi que ce soit. Ce qu’on vous demande, en ce moment, en arrière-plan, c’est d’exprimer votre degré de persuasion, à quel point vous pensez qu’une réforme s’avère nécessaire et, donc, par là, le niveau de votre désir d’une nouvelle servitude volontaire. Savoir simplement si vous êtes prêts à encaisser de nouvelles réformes au nom du « changement », ce qu’on vous demande, c’est votre consentement. Et, donc, je peux vous dire ce qui va advenir. Comme, manifestement, nous en avons par-dessus la tête de l’état de notre société, ces messieurs vont vous concocter un train de mesures qui aboutiront, assez rapidement, à de nouvelles brimades sociales. Recul de l’état, privatisations, moins de sécurité sociale, moins de retraite, moins de services publics, moins de services sociaux, moins de santé, et, tout ça, ils vous le vendront au nom de la demande exprimée.... En gros, préparez-vous à vous faire baiser encore une fois. Et, le mieux, c’est qu’on vous fera croire que c’est vous qui avez demandé les réformes.... Il suffira à ces messieurs de vous rappeler votre mauvaise humeur depuis le 13/12.....

samedi 12 décembre 2015

Parano ou schizo ?....


Nous sommes un certain nombre à n’avoir pas oublié la formule quasi définitive et néanmoins soixante-huitarde qui définit le mieux le choix politique offert par les « élites » au « peuple » : la dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours. La formule est récente. Le fond du problème est antique. Citons, pour exemple, les écrits fameux de Machiavel. Mais l’histoire la philosophie regorge de discours, certains datant même d’avant l’ère chrétienne, sur la capacité du « peuple » à comprendre les enjeux, évidemment édictés par les dominants, du débat politique. Le concept, s’il est invariant au cours des siècles, n’en a pas moins évolué dans ses formulations. Pour me concentrer sur mon époque, parce qu’il n’est pas question, ici, de rédiger un essai à caractère exhaustif, je dirais qu’à l’ère industrielle correspond un moyen industriel de domination des consciences. Ce que je daterais, à peu près, de la naissance de la théorie capitaliste, disons, pour simplifier, avec Locke ou Smith. Mais ces noms ne suffisent pas à expliquer l’état actuel du débat. Il faut, pour comprendre intégrer aux concepts définis comme étant à l’origine du libéralisme économique, que nous sommes aujourd’hui, manifestement impuissants à dénoncer, les ajouts qu’y ont apportés tous les tenants plus ou moins conscients des théories psychanalytiques. Freud, évidemment, dont la dénonciation actuelle par des intellectuels rétifs et sensibles à la liberté de penser passe encore pour du dépit, simplement pour la raison que Freud ne peut pas être formellement identifié comme responsable de ce qu’il a engendré, du moins ne peut-on déterminer son degré d’engagement. Est-ce ou non, là, le résultat de ce qu’il concevait froidement ou bien un accident imprévu de ses pensées ?... Pour ses disciples libéraux, par contre, aucun doute n’est possible. Le but de Mr Barneys, neveu de Freud, par exemple, est clairement la manipulation des masses à but capitaliste, ce qu’il prouve par son implication dans l’univers de la publicité. Mais ce discours, qui semble viser uniquement Freud, pourrait tout aussi bien s’appliquer à Marx ou Nietzsche. Les interprétations de ces deux penseurs laissent également circonspect. Voulaient-ils vraiment ce que leurs interprètes ont déduit de leurs œuvres ou bien sont-ils totalement innocents ? Entendre, par exemple, Mr Minc dire, goguenard, qu’il est le dernier penseur marxiste de France ou la sœur de Nietzsche confirmer que son œuvre est authentiquement nazi ne peut que nous laisser sans voix. La manipulation des masses, si elle date de la naissance de l’humanité, a donc évolué au cours des siècles. Aujourd’hui, il me semble qu’elle a pris un tour quasi purement psychologique. Il me semble que, de nos jours, on ne laisse au peuple que le choix entre paranoïa et schizophrénie. Et ce fait me rappelle l’utilisation intensive de la normalité psychiatrique qu’ont pu faire toutes les sociétés et en tous temps, contre des artistes comme Van Gogh, par exemple, mais dont le champion reconnu restera l’Union Soviétique. Il me semble que l’époque actuelle démontre radicalement que nous ne valons guère mieux. Pour la paranoïa, il me semble inutile d’insister, en cette veille de second tour des élections régionales. Pour la schizophrénie, je pense à tous ces citoyens dont on exige qu’ils aient une attitude « écologique » irréprochable cependant qu’on les contraint à acheter pour Noël un tas de merdouilles « made in China » ou à prendre leur voiture pour aller chercher le pain..... Le choix du « peuple » est donc devenu simple et clair : tu t’aimes mieux parano ou schizo ? … La seule vraie différence, pour les dominants, c’est la marque du cachet à prendre chaque matin. Le choix vous appartient, évidemment, le principal étant que vous vous sentiez coupables de quelque chose. Restent tout un tas de gens, plus ou moins cultivés, qui, ayant quelque lucidité sur la condition humaine, ne souffrent pas outre mesure d’être à la fois paranos « et » schizo. Ce qui fait une très importante différence avec la masse, les paranos ne se sachant pas, en général, tels, pas plus que les schizo. Pour le pouvoir, le principal est que vous choisissiez entre l’un et l’autre afin de pouvoir vous opposer.... Les élections de demain sont, à ce titre, parfaitement démonstratives. Sur les affiches électorales, on voit très clairement l’opposition exclusive entre le camp des « paranos » qui vont voter à droite et le clan de schizo qui vont voter à gauche. Dans ce contexte, il est facile de voir en ceux, assez peu nombreux, qui ne veulent à aucun prix faire partie de l’un ou de l’autre camp sont dérangeants. Je parlerais à ce titre de personnes qui auraient le « même genre de beauté que moi ». Leur beauté est bien plus grave qu’on pourrait le croire : ils sont menaçants. Dans ce cas, le pouvoir possède une arme qu’il nomme « État d’Urgence »... Sous cette gouvernance, le pouvoir jouit d’un ensemble d’arguments propres à faire des récalcitrants un membre de l’un ou l’autre des groupes. On tape un peu sur le crâne des « gauchistes » dans l’espoir d’en faire enfin des « paranos », on montre à longueur d’antenne des images qui incitent les gens de bonne volonté à peser le pour et le contre de l’autorité abusive afin d’en faire des schizo.... Et vous, vous avez choisi quel camp ?.... Et vous, vous comprenez quand que choisir c’est se condamner ?....

mercredi 9 décembre 2015

Je suis comme une truie qui doute


Exhumer l’excellent livre de Claude Duneton ( Points – Seuil – 1979) à propos des élections régionales peut sembler inapproprié. La truie qui doute de Duneton est celle qui hésite à nourrir ou non ses petits alors qu’elle sait quel avenir désastreux, fait de torture et de souffrance, leur est promis. Allégoriquement, il y décrit ses hésitations de professeur à continuer d’enseigner à une jeunesse défavorisée dont il sait qu’elle ne profitera jamais de ses enseignements parce que son avenir est dramatiquement prédéterminé. J suis comme une truie qui doute, aujourd’hui, et pour ce qui me concerne, sur l’avenir du PS. Et particulièrement sur une question : celle du retrait ou non de ses candidats dans les régions exposées au danger du FN. Mon problème n’est pas que le PS ait ou non des élus. C’est ce qui ferait plutôt pencher la balance vers la partie euthanasie de mon doute. Le PS ne mérite plus, selon moi, d’avoir des élus. Le problème du retrait, c’est le FN. Les états majors parisiens ont décidé qu’on devait, par devoir, privilégier les candidats dits « républicains », candidats qui, d’ailleurs, ne le sont pas tant. Je ne dirais pas des ténors de LR qu’ils ne méritent pas d’être élus. Eux, au moins, sont fidèles aux idéaux de droite. La question du retrait est donc de savoir s’il faut ou non tolérer l’hypothèse d’élus FN et, pire, d’une majorité dans quelques régions. Ce qui est troublant, c’est qu’à peu près tous les gens qui se prononcent sur le sujet, à « gauche », habitent dans des régions qui ne sont pas exposées au risque FN. Ils ne le font donc qu’au nom d’un idéal, idéal que, par ailleurs, ils trahissent allègrement chaque jour. C’est une position dite « morale ». D’un autre côté, au nom des mêmes principes, beaucoup renâclent quant au retrait. Jean-Luc (Mélenchon), par exemple, qui ne risque pas beaucoup plus que ses camarades. Ne parlons pas de Pierre (Laurent) qui, au passage, va se retrouver au conseil régional IDF.... Or, ici, j’ai envie de faire une prédiction. Je vous fous mon billet que, s’il advient que le FN soit élu à la tête d’une région, il y aura, dans cette région, des « ratonnades ». Dans le Sud, par exemple, il y aura des descentes de milices dans les quartiers dits « chauds » et on poussera « les arabes » à la mer. Dans le Nord, j’entrevois la possibilité d’un « nettoyage » sauvage de la jungle de Calais. Bien entendu, les dirigeants du FN ne donneront jamais la consigne de ces exactions. Je suis même certain qu’ils les condamneront avec fermeté et excluront les brebis galeuses. Non, ce qui va se passer, c’est que quelques gros cons plus ou moins avinés en prendront l’initiative et, ce, parce qu’ils se sentiront encouragés, voire légitimés, par le fait que leur région est dirigée par leur parti, parti devenu alors totalement légitime lui-même. Et là, force est de constater que nos socialistes endimanchés, quant à eux, ne risquent pas de se faire violenter par ces nervis. Tran-qui-lles. Un comportement ouvertement bourgeois. Avec tout le mépris pour le peuple que recouvre ce terme. envisager la possibilité de l’élection d’un conseil régional FN est tout bonnement une horreur en soi. Que Jean-Luc plaide pour le maintien de Masseret est une horreur. Cela signifie que l’idée de la présidence des Le Pen au Nord ou au Sud est acceptable. Qu’il suffira de courber l’échine pendant six ans et de remettre le débat à plus tard. Entre temps, chacun pour soi. Je ne voudrais pas être un français issu de l’immigration pendant cette période. Je ne vous parle pas des étrangers vivant dans ce pays, légaux ou non. Il peut donc sembler que le débat est clos. Retrait systématique du troisième, vote en masse pour le seul représentant digne des idées républicaines. Sauf que.... Sauf que, le PS étant ce qu’il est, un parti détestable, il prfite de l’occasion pour instrumentaliser. Il n’est pas le seul. Ce n’est pas une excuse. « Surfant » sur la vague, il nous incite à voter partout comme un seul homme, dans la joie et l’allégresse que donne le sentiment d’avoir « résisté ». Et c’est là que, tout à coup, je deviens une truie qui doute. Parce que j’habite dans l’Ouest. Une région qui n’est pas exposée au danger. En PDL ou, pire, en Bretagne, le débat se concentre non sur le FN mais sur l’aéroport de NDDL.... Et là, tout à coup, je suis touché par le doute. Lesquels de mes petits dois-je choisir ? Ceux qui vont s’en tirer, qui ont avenir, tous ces enfants de bourgeois qui feront des études, dont l’avenir est assuré, qui, demain, seront tout simplement là, ce qui sera en soi une victoire, ou bien les enfants basanés qui, partout ailleurs, en France, voire chez nous, seront en danger ? Vous avouerez que, pour le coup, me voilà vraiment ravalé au rang d’une femelle porcine intelligente. Sauf que, une fois encore, parce qu’il faut se décider avant dimanche soir, deuxième tour, une sorte d’urgence se fait jour. Et cette urgence, moi, j’en attribue la responsabilité, sans hésitation, au PS.... Ce qui me renforce dans l’idée terrible de l’euthanasie du PS...... Sauf que... Sauf que, encore une fois, le PS réussit ce prodige de survivre au débat.... J’ai beau avoir lu Nietzsche et, surtout, son avis, son réquisitoire, sur les « socialistes », non, vraiment.... C’est absolument indigne. L’urgence, sur un problème qui nécessitera plusieurs mois, voire plusieurs années avant que nous soyons capables de l’analyser, vraiment, c’est indigne... Je vais donc assumer mes convictions et, dimanche, je ne voterai pas pour le PS et ses récents alliés. Sauf que.... je sais que je ne peux me permettre de le faire que parce que, comme beaucoup d’autres, au final, je sais que je ne risque rien. La chute lente de la démocratie, qui n’a rien à voir avec la République, comme vous savez si vous avez lu, elle va passer par moi, simplement parce que, moi aussi, je profite de mon confort intellectuel..... Une peste qui finira par nous avoir tous. La seule porte de sortie qui nous reste, c’est de s’interroger sur ses propres motivations..Et d’accepter une fois pour toutes qu’aucun de nous ne vaut bien plus cher que ceux qu’il condamne.... Ma truie domestique, qui est couchée à mes pieds, en rit à groin ouvert.. Hui! Hui! Hui! ….

Je pourrais, en annexe, vous entretenir de mes doutes sur la manière de qualifier les électeurs du FN. L’un des arguments principaux de cette « ligue » est d’appeler au respect de ses suiveurs, sous prétexte qu’ils seraient des humains aussi respectables que tout autre. Mes origines populaires, totalement populaires, origines partagées par zéro personne aujourd’hui en responsabilité, mes origines dont j’ai gardé un goût indépassable pour le mot grossier, m’incitent à traiter assez facilement de « con » toute personne stupide. Mes origines ne me laissent aucun choix : ne mérite le respect que toute personne qui s’en montre digne et, par conséquent, je n’ai aucun problème à qualifier de « gros con » toute personne qui place ses espoirs dans le FN... Une histoire non encore classée, soixante dis ans après, sur la responsabilité du peuple allemand dans l’avènement d’un certain Adolphe (point Godwin...) ou du peuple espagnol sur l’avènement de Franco. Mais, comme vous le savez, bien que ce soit là un point de vue totalement bourgeois, à mon sens, ce qui est excessif est insignifiant. Ma truie vient encore de couiner......